BILLET

ET SI LA BIO ÉTAIT LA NORME ?

Lisa Pujol

AVRIL 2025

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Imaginons l’espace d’un instant un monde où l’agriculture bio serait la norme, pas l’exception. Où chaque parcelle de terre, chaque champ, chaque assiette et chaque bouchée serait issu de culture produite dans le respect de l’environnement, sans produits chimiques ni engrais de synthèse, où la santé des sols, des écosystèmes et des humains l’emporterait sur la rentabilité et le profit à court terme. À quoi cela ressemblerait-il ? Côté environnement, l’absence de produits de synthèse entraînerait une baisse significative de la pollution de l’eau, de l’air et des sols, leur qualité s’en trouverait améliorée, les sols seraient plus vivants et les nappes phréatiques moins polluées. Les pratiques agricoles, plus adaptées, aideraient à mieux faire face au changement climatique, à limiter le gaspillage d’eau et à préserver la biodiversité avec une flore épanouie et diversifiée. La rotation des cultures et la polyculture favoriseraient la résilience des écosystèmes, les paysages seraient peut-être plus variés avec plus de haies agricoles et de bocages, de friches et de jachères. Côté alimentation, la nourriture, cultivée avec beaucoup moins de pesticides, herbicides et autres produits chimiques, conduirait à une alimentation brute plus saine et plus sûre, qui jouerait un rôle préventif sur de nombreuses maladies. Les animaux « de rente » évolueraient dans des conditions de vie plus éthiques, avec des espaces de plein-air plus grands, une alimentation saine et des soins respectueux, à l’image des différents cahiers des charges en bio. Côté consommation, comme la réglementation en bio promeut les circuits courts de distribution et les productions locales, les économies circulaires se développeraient, avec moins de gaspillage, des ressources gérées de manière plus durable, soutenant la souveraineté alimentaire grâce à des prix d’accès à la bio plus abordables car moins concurrencés et une rémunération plus juste des producteur·rices. Du 100 % bio, pas cher, pour toutes et tous… une belle utopie ? Le débat est ouvert. Toujours est-il qu’aujourd’hui, le marché de la bio a meilleure mine que ces dernières années où la consommation avait considérablement chuté. Cependant, les acteurs des différentes filières se sentent délaissés, dénonçant un manque de soutien toujours plus grandissant et clivant, avec une absence de l’agriculture bio dans le débat politique et une opacité des prix et des marges dans la grande distribution. Pourtant les filières ne cessent de se diversifier et se réinventer, chaque secteur offrant des opportunités pour allier innovation, respect de l’environnement et développement d’une agriculture toujours plus responsable. Le défi de la bio, lui, loin d’être une utopie, est au contraire l’une des clés pour un avenir durable, répondant aux enjeux contemporains climatiques, sanitaires et sociaux.   

 

ERRATUM 

Malgré tout le soin que nous accordons à la relecture, une erreur s’est glissée dans la recette du banana bread sans gluten, page 43 de notre dernier numéro. Parmi les ingrédients figurait la farine de petit épeautre, qui contient du gluten. Même si sa proportion de gluten reste peu élevée, cette farine est formellement interdite aux personnes souffrant de la maladie cœliaque, et à éviter pour les personnes suivant un régime sans gluten.