BILLET

ÉCOLOGIE DU MÉDIA

Lisa PUJOL

OCTOBRE

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Récemment, au cours d’un repas de famille, une proche me racontait avoir vu un documentaire télévisé dans lequel elle semblait découvrir l’impact de notre consommation de viande sur l’environnement : « tu te rends compte, c’est dingue, le geste le plus efficace pour lutter contre le réchauffement climatique, ce serait d’en manger moins ! ». Je l’ai regardée, stupéfaite. Pourtant ouverte au monde, comment se pouvait-il que, tout au long de sa vie de cinquantenaire, cette donnée, ô combien basique et essentielle, lui ait échappée ?

En cause, une diète médiatique ? Un dépassement ou un désintérêt ? Un syndrome d’infobésité où se dérobent quantité d’informations noyées dans le flot incessant de contenus ? Et pour lequel certains médias, lancés dans une course folle à l’attention, plutôt que de traiter de sujets de fond, préfèrent reprendre un flash actu, assurer un direct sensationnel ou saturer de commentaires les faits du moment… Peut-être un peu des trois.

Pourtant, il s’agit là d’un vrai sujet. En plus d’un réel besoin d’implication personnelle à cette lutte, les médias jouent un rôle crucial dans notre rapport au monde, et donc dans notre perception du réchauffement climatique.

Régulièrement, l’écologie est reléguée à une simple rubrique réservée à ses aficionados. Certaines pratiques journalistiques sont même en décalage avec la gravité de la situation : images « positives » pour des événements extrêmes, parole accordée à des personnes qui minimisent ou ridiculisent le problème, infantilisation de l’appel aux petits gestes ou encore injonction à la « fin de l’abondance » dont la plupart des citoyens n’ont pas même vécu n’en serait-ce que le début.

Pour Biocontact, la sensibilisation au respect de l’environnement est un pilier de sa ligne éditoriale. Sans relâche depuis 31 ans, le magazine traite des problématiques environnementales, fait la part belle aux initiatives écologiques et petites victoires, lance l’alerte, apporte des données scientifiques…

Alors, oui, il peut y avoir une impression de rabâchement.

Oui, Biocontact peut parfois donner l’impression de prêcher des convaincus, une grande majorité de nos lecteurs étant depuis longtemps sensibilisés, engagés, activistes.

Oui, une autre partie du lectorat plébiscite avant tout les thèmes de santé naturelle plutôt que ceux liés à la préservation de la planète ; c’est du moins ce que traduisent certains retours. Or il est facile d’oublier qu’environnement et santé sont intimement liés.

Oui, vain est peut-être l’espoir de toucher un nouveau lectorat, celui qui entre pour la première fois dans l’univers déroutant d’un magasin bio, déterminé à modifier ses habitudes de consommation, en quête de sens, d’informations.

Il est donc primordial, et d’autant plus de par la large diffusion du magazine, de continuer à nous en faire relais… tant qu’il le faudra, et du mieux possible.

À l’heure où j’écris ces lignes, plus de 50 médias (dont Biocontact) et 500 journalistes ont signé la charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique. Un pas de plus, inspiré par nos voisins européens, pour le défi du siècle.