BILLET

MANGER SAIN, À TOUT PRIX ?

Lisa Pujol

FéVRIER 2024

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Manger sain et être en bonne santé : la plupart d’entre nous sommes prêts à donner du temps, de l’énergie, de l’argent pour s’épanouir, vivre mieux et plus longtemps, sans tomber malade. Ainsi, se préoccuper de ce qu’il y a dans son assiette est devenu monnaie courante et a conduit depuis quelques années à une guerre consentie contre la malbouffe avec des campagnes de prévention et des alertes qui fleurissent un peu partout. Recommandations sur ce qui est bon ou mauvais pour la santé, aliments à privilégier absolument , avertissements destinés à se méfier de la nourriture raffinée, bourrée de conservateurs, de sel, de sucres ou de pesticides, inquiétudes autour d’un énième scandale alimentaire… De quoi mettre les consommateur·rices légèrement sous pression.

 

Avec Internet, ces contenus ont explosé et les personnes attachées à leur santé le seraient devenues encore plus. Une étude a même montré que plus on passait de temps sur les réseaux sociaux, plus on courait le risque de développer le trouble du comportement alimentaire préféré d’Instagram : l’orthorexie, ou l’obsession de manger sain.

 

 

Vouloir prendre soin de soi via l’alimentation est plutôt une bonne chose, car celle-ci occupe une place centrale dans notre vie : elle influe sur notre humeur, notre santé, notre planète. Simplement, s’en préoccuper à l’extrême n’est peut-être pas aussi sain que cela puisse paraître. Gardons aussi à l’esprit que le secteur de l’alimentation saine est un business lucratif comme les autres. D’autant plus que les aliments healthy à la mode ne sont pas toujours bon marché et parfois peu vertueux en matière d’empreinte carbone.

 

 

D’où la question développée dans le dossier ce mois-ci : qu’est-ce qu’une alimentation saine et durable, soutenable économiquement, sur le long terme, pour soi et pour la planète. La production des aliments, leur transport, l’élevage intensif ou la production d’aliments pour ce dernier induisent à de terribles conséquences sur les écosystèmes. Selon nos habitudes alimentaires, ce que nous mangeons peut avoir des impacts considérables sur les ressources planétaires et sur notre santé. Il n’existe pas de recette miracle : notre système alimentaire et notre façon de manger, propres à chacun, sont des mécanismes complexes, composés de normes alimentaires que l’on nous inculque depuis tout petit. À nous de nous adapter, voire de modifier certaines habitudes, en choisissant une alimentation qui fait sens, d’un point de vue individuel et collectif.

 

 

Dernier point : la quête d’une alimentation qui couvrirait l’ensemble des besoins nutritifs peut pousser à une approche fonctionnelle de la nourriture : consommer tant de grammes de brocolis pour absorber tant de calcium, de vitamines, de calories… Dans nos assiettes, il y a aussi des couleurs, des textures, des saveurs, des odeurs… tout simplement, le plaisir de manger.