BILLET

RHABILLER LA BIO

Lisa PUJOL

JUILLET-AOûT 2021

325

Au début du mois de juin, des agriculteurs et agricultrices bio ont manifesté à Paris et dans plusieurs départements pour dénoncer les propositions discutées dans le cadre de la nouvelle PAC. Particularité : ils ont protesté dans leur plus simple appareil. Leur credo : « se mettre à nu car le gouvernement les met à poil ». Un coup de gueule bon enfant qui pourrait faire sourire s’il ne traduisait pas des considérations on ne peut plus sérieuses…

La PAC, c’est la Politique agricole commune à tous les États membres de l’Union européenne. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, il faut reconstruire l’Europe et bâtir la paix. Mise en place en 1962, l’objectif de départ est d’augmenter la productivité du secteur agricole et de garantir une sécurité alimentaire pour le Vieux Continent. Objectif vite atteint. Depuis, elle est régulièrement remaniée, pour s’adapter aux nouveaux défis auxquels font face les agriculteurs, aux enjeux climatiques et sanitaires, et à la demande des citoyens. Peu connue du grand public, elle est pourtant l’un des actes fondamentaux de la politique européenne. C’est elle qui, au sein de l’UE, réglemente et harmonise ce secteur stratégique qu’est l’agriculture et qui flèche les subventions et les aides accordées aux professionnels pour une enveloppe équivalente à 33,1 % du budget européen (1). Pas une paille, donc !

Aujourd’hui, elle se divise en deux piliers : les aides directes aux agriculteurs (85 % des aides distribuées en fonction de la surface des fermes, 15 % distribuées en fonction de la production) d’un côté, le développement rural de l’autre (2). Par conséquent, elle soutient, en partie, une agriculture industrielle et polluante aux dépens d’une agriculture à taille humaine et respectueuse de l’environnement.

Les discussions qui ont eu lieu dernièrement concernent la réforme de la PAC pour la période 2023-2027. Ainsi, elle prévoit pour les fermes bio une aide réduite de 70 €/hectare/an (au lieu de 202 €), ce qui représenterait une perte nette moyenne de 132 €/hectare/an, soit selon la FNAB (Fédération nationale d’agriculture biologique) environ 66 % de soutien public en moins. De quoi réveiller la colère des professionnels.

Alors que la bio se doit d’être conjuguée au présent et au futur, cette perspective éloigne encore plus la promesse d’un système agricole durable. Pourtant, les impacts positifs de la production bio sur l’environnement et sur la santé ne sont plus à démontrer. Sans oublier que ce marché connaît un véritable essor sous l’impulsion d’une vive demande sociétale.

Différents partis ont demandé à revoir les arbitrages. La future politique agricole et alimentaire commune (PAAC), que défend Pour une autre PAC, propose de réorienter le système agroalimentaire de l’UE vers une prise en compte plus globale des enjeux (revenus, alimentation, santé, dynamisation des campagnes, environnement, bien-être animal…). Une de ses priorités : rendre l’agriculture bio accessible à tous, en attribuant des financements importants pour le maintien et le développement de celle-ci.

Certes, des politiques soutiennent la bio (Ambition bio 2022, fonds Avenir bio…) mais certaines se révèlent insuffisantes. Espérons que les gouvernements saisiront cette occasion pour rendre la PAC plus verte et soutenir davantage l’agriculture et les paysans. Car n’oublions pas que, derrière chaque assiette que nous mangeons, se cache toujours un ou plusieurs agriculteurs…

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1. www.europarl.europa.eu/factsheets/fr/sheet/106/le-financement-de-la-pac
2. www.greenpeace.fr/pac-cest-quoi/