BILLET

Menus végé : une polémique in« carnée »

Lisa PUJOL

AVRIL 2021

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Pour faciliter le respect du protocole sanitaire, la mairie Europe Écologie-Les Verts de Lyon a annoncé en février la mise en place temporaire de repas uniques sans viande dans les cantines scolaires. Objectifs : servir plus rapidement les élèves, garantir des assiettes chaudes et fluidifier les repas. Cette décision a suscité une violente controverse dans la classe politique et a fait resurgir l’éternel débat autour de la nécessité de la viande ou non dans l’alimentation à la cantine et de façon plus générale de sa quantité dans l’assiette des enfants. Pourtant, sans tambour ni trompette, la mesure avait déjà été instaurée par l’ancien maire En marche de la Cité des gones au sortir du premier confinement en mai 2020.

Depuis le 1er novembre 2019, toute la restauration doit proposer au moins un menu végétarien par semaine, c’est-à-dire un menu unique à base de protéines végétales pouvant inclure oeufs et produits laitiers. Une mesure expérimentale de deux ans, qui fait partie des cinq grandes dispositions de la loi ÉGalim (loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous) dans laquelle il est aussi prévu que les acteurs de la restauration collective soient accompagnés par l’État et formés aux repas végé afin de veiller à l’équilibre nutritionnel.

Noeud gordien du débat : dans l’assiette, les enfants ne seraient pas tous égaux. Les menus végé excluraient les classes populaires car de nombreux enfants n’auraient que la cantine pour manger de la viande. Or cette information est contestée par certaines études qui font ressortir qu’au contraire, les enfants issus de classes populaires consommeraient plus de viande, et de mauvaise qualité, que les enfants dont les parents sont issus de classes plus aisées.

Mais par-dessus tout, c’est l’argument de la croissance et du développement de l’enfant/adolescent qui tient le haut de l’affiche : la viande serait l’unique source alimentaire capable d’apporter les protéines pour se développer et grandir. Pourtant, ces apports peuvent être fournis par d’autres catégories d’aliments. Et les viandes issues de l’élevage intensif (que l’on trouve dans certaines cantines) n’offrent pas les meilleurs apports nutritionnels et augmentent le risque de maladies chroniques et d’obésité. Sans parler des conditions bien connues d’élevage et d’abattage des animaux…

Il est dans tous les cas impératif de tenir compte des recommandations de l’OMS et du Programme national nutrition santé concernant la consommation de la viande. Et pourquoi ne pas aussi jeter un oeil à la rubrique « nutrition et santé » de l’Association végétarienne de France ou au Guide vegan de L214 ?

L’expérimentation des menus végé permet de réduire le gaspillage alimentaire, le coût des repas, mais surtout de diminuer l’empreinte carbone de notre alimentation. De plus, selon Santé publique France, seulement 2 % des enfants consommeraient assez de fibres, principalement présentes dans les fruits, légumes et légumineuses.

Le véritable enjeu derrière ce débat, c’est l’accès à une alimentation de qualité pour tous, saine et durable (un des objectifs de la loi ÉGalim). Un accès compromis par la guerre idéologique que se livrent l’ensemble des acteurs concernés. Par nos difficultés à changer nos modes de fonctionnement, nos vieilles traditions et notre cécité face à l’impérieux besoin d’une politique éthique animale…