Ancien rugbyman et graphiste, Thierry Hély a toujours été proche de l’écologie et de la protection animale. Militant de la première heure, il prend la présidence de la Fédération des luttes pour l’abolition des corridas en 2014...

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Le rendez-vous du mois

Thierry Hély

Quelles sont les principales missions et actions de la Flac ?

Avant tout, l’information, toujours et encore. Par tous les moyens : interventions dans les médias, manifestations à proximité des arènes avec des militants courageux, conférences en présence de personnalités et d’élus, et enfin, expositions anticorrida itinérantes dans des villes du sud de la France. Pour ces dernières, le rôle d’une association du Gard, No Corrida, membre de la Flac, est déterminant. Il faut savoir que la Flac est une fédération basée à Agde qui regroupe de grandes associations de protection animale. Le monde de la corrida, afin d’éluder la cruauté inouïe qui en émane, l’habille d’esthétisme et de mensonges dans tous ses aspects, en niant la souffrance infinie du taureau supplicié. Sans parler des pauvres chevaux. C’est pour toutes ces raisons que la Flac, inlassablement, tente de rétablir la triste réalité. La corrida est un cas unique au monde : seul cas où la lente agonie d’un animal est applaudie par 10 000 personnes dans les gradins, sans l’ombre d’une compassion. Comme à l’époque des jeux de Rome…

Cinq corridas et deux novilladas sont programmées pour cet été, fin juillet et début septembre. Pourtant, cette pratique est punie par le Code pénal de 30 000 € d’amende et deux ans de prison…

Les corridas sont interdites sur 90 % du territoire français sous peine de lourdes sanctions pénales. Les termes du jugement du tribunal de Béziers, le 5 mai dernier, ne souffrent d’aucune ambiguïté : « il est indéniable que les coups portés par les picadors causent d’importantes souffrances à l’animal. Il s’agit d’actes de cruauté. Le taureau ne peut que souffrir et son agonie peut être plus ou moins longue ». Ce n’est pas nous qui le disons, mais les juges… Seulement voilà, un alinéa du Code pénal, sous couvert d’exception culturelle, autorise cette barbarie dans certaines régions du sud de la France. Par conséquent, hélas, ces corridas et novilladas auront bien lieu malgré la crise sanitaire…

La corrida comme nous la connaissons aujourd’hui est née en Espagne au XVIIIe siècle, mais ses origines remonteraient à l’Empire romain. Que répondez-vous à l’argument du maintien de la tradition ?

Au sujet de l’origine de la corrida, c’est l’un des mensonges les plus invraisemblables du monde taurin. Et bien avant l’Empire romain. À l’écouter, la corrida trouverait ses sources dans la grotte de Lascaux il y a 23 000 ans. Grâce à ses fameux taureaux… Certains prétendent même que Cro-Magnon serait le premier torero. On croit rêver ! Heureusement, de grands préhistoriens que nous avons contactés ont démenti ces propos délirants. En fait, les premiers gestes tauromachiques furent exercés par des tueurs dans les abattoirs de Séville à la grande joie d’un public hilare. Désolé pour eux, si cette version véridique est bien moins prestigieuse que celle de Lascaux… En France, la première corrida officielle de type espagnol eut lieu à Bayonne en… 1854. L’argument « tradition » ne tient pas quand elle est empreinte de cruauté et de mort juste pour le divertissement. Beaucoup ont disparu pour ces mêmes raisons. Mais pas la corrida. Une honte !

L’amendement visant à interdire l’accès des corridas aux enfants en attendant l’abolition définitive a été abandonné l’an dernier. Pourquoi ?

La raison officielle du retrait de cet amendement est la suivante : il serait jugé « hors sujet » par rapport à la protection animale. Mais ce n’est que partie remise dans le cadre de la protection de l’enfance. En effet, le collectif de psychiatres et de psychologues PROTEC (Protégeons les enfants des corridas) a recueilli un nombre significatif de témoignages d’adultes ayant été traumatisés, enfants, par des images sanglantes de corrida. Parmi ces témoignages, celui de Marina Ruiz-Picasso, petite-fille du célèbre peintre aficionado et membre du comité d’honneur de la Flac. Habituer les enfants à la torture animale est peut-être l’aspect le plus révoltant de la corrida. D’autant plus, comble de l’insupportable, qu’il existe en France des écoles taurines où l’on apprend à ces mêmes enfants à torturer à l’arme blanche de jeunes animaux pour se faire la main.

De plus en plus de personnalités signent le manifeste Flac pour l’abolition de la corrida. Les lignes bougent ?

Effectivement, ce manifeste, en cette période où la corrida connaît un véritable déclin, rencontre un vrai succès. Quelques exemples de signataires pour des raisons éthiques : Simone Veil, Nicolas Hulot, Élisabeth Badinter, Yannick Jadot, Samantha Cazebonne, Cédric Villani, Wendy Bouchard, Pierre Rabhi, Corine Pelluchon, Yolaine de la Bigne, Raphaël Glucksmann, Louis Schweitzer ou Barbara Pompilli. Et a contrario, les personnalités friandes de ce « spectacle » sanguinaire n’osent plus s’afficher dans les arènes afin de ne pas ternir leur image. Les lignes bougent, en effet, et les organisateurs de corrida commencent à s’inquiéter sérieusement. La loi finira par changer. D’autant plus que selon les derniers sondages, 74 % des Français sont pour l’abolition de la corrida. Je terminerai par cet aphorisme de Théodore Monod, président d’honneur de la Flac : « La corrida est le symbole cruel de l’asservissement de la nature par l’homme ».

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Philippe Camburet

infos : https://www.fnab.org/