Conférence environnementale

Où en est l’accord de Paris sur le climat ?

Yveline Nicolas

Retour sur la 22e conférence des parties de la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP22), qui s’est tenue au Maroc du 7 au 18 novembre 2016.

La COP22 fait suite à l’accord de Paris sur le climat, entré en vigueur le 4 novembre 2016, avec pour objectif de contenir la hausse de la température moyenne sur la planète « nettement en dessous de 2 °C » en 2100 par rapport aux niveaux préindustriels, en « poursuivant des efforts » pour limiter cette hausse à 1,5 °C.

Les chefs d’Etat ont adopté la Proclamation de Marrakech pour l’action en faveur de notre climat et le développement durable, appelant à « une solidarité forte avec les pays les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques […] à renforcer et à soutenir les efforts pour éradiquer la pauvreté, assurer la sécurité alimentaire et prendre des mesures rigoureuses pour faire face aux défis des changements climatiques dans le domaine de l’agriculture […] à rehausser d’urgence nos ambitions et à renforcer notre coopération […] à une augmentation des financements, des flux et de leur accès, conjointement avec une amélioration de la capacité et de la technologie, y compris des pays développés vers les pays en développement ».

Mais les douze jours de négociations se sont achevés sur un résultat modeste. En particulier, les questions agricoles et de sécurité alimentaire ont été reportées à la prochaine conférence – prévue à Bonn, en Allemagne, en 2017. Ce blocage témoigne de la difficulté d’aborder l’enjeu central du modèle de développement économique et industriel et de ses impacts sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) ainsi que sur les droits humains. Alors que, d’après la FAO, près de 100 millions de personnes supplémentaires pourraient vivre dans la pauvreté d’ici à 15 ans, des orientations contradictoires s’affrontent, depuis l’agroécologie et l’agriculture paysanne jusqu’au développement des biotechnologies, OGM, engrais et pesticides.

La COP22 n’aura guère été « la COP africaine » attendue. Pourtant, l’Afrique n’émet que 4 % des émissions mondiales de gaz à GES tandis que 65 % de la population est déjà touchée par les impacts du réchauffement climatique et qu’on s’attend à un doublement de la population du continent à l’horizon 2050.

La profusion d’initiatives privées ou multi-acteurs va de pair avec le manque d’engagements forts des Etats. L’atténuation des émissions de GES et l’adaptation au changement climatique nécessitent l’implication de tous les secteurs des sociétés, notamment les niveaux territoriaux. Mais, pour une cohérence globale, il faut des orientations claires, des cadres juridiques posés par les Etats et les sous-régions comme l’Union européenne, que l’on a peu entendue. L’ombre d’une possible sortie de l’accord de Paris des Etats-Unis, deuxième émetteur mondial de GES, désormais dirigé par des climatosceptiques, a plané sur les discussions.

Pourtant, dans l’espace « Société civile » de la COP22, stands et ateliers témoignaient de l’importance et de la diversité des initiatives sur le terrain : agriculture agroécologique, banques de semences, formation à l’alimentation moins émettrice de CO2, recyclage des déchets, pêche durable, procédés technologiques simples, bioconstruction, gestion de la biodiversité s’appuyant sur les savoirs locaux des femmes, analyse féministe des causes des déséquilibres, formation de défenseuses des droits environnementaux… Bref, des solutions sont bien là. L’enjeu est qu’elles soient reconnues, financées et que des passages à l’échelle s’organisent, du terrain vers les décideuses et décideurs, avec des mécanismes de financement appropriables.

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Yveline Nicolas

Coordinatrice d’Adéquations, association de sensibilisation, formation et soutien de projets en matière de développement durable, solidarité internationale, droits humains

infos : www.adequations.org